Samedi 15 janvier 2011, l'Orchestre du Capitole propose un programme dédié entièrement à Wolfgang Amadeus Mozart.

L'Enlèvement au sérail, ouverture
Concerto pour piano en la Majeur n°23
Symphonie en ut Majeur n°41, "Jupiter"


A la baguette, le directeur musical de l'Orchestre, Tugan Sokhiev. Au piano, Till Fellner jeune et brillant pianiste, dit-on.
Donc, une affiche grandement prometteuse !

Les 3 œuvres au programmes datent toutes des 10 dernières années de la vie de Mozart.
L'Enlèvement au sérail, est son premier triomphe viennois en 1782. Il dit lui-même (dans une lettre à son père) que "l'ouverture est très courte. Elle passe sans cesse du forte au piano [...]. Elle module aussi d'un ton à l'autre, et je crois qu'on ne pourra pas s'y endormir, eût-on passé toute une nuit sans sommeil." Très gaie par son sujet (les turqueries), son instrumentation mettant en valeur des pupitres spécifiques (piccolo, percussions), son écriture et ses thèmes courts et enjoués elle est mise en valeur par la belle palette de timbres et de nuances de l'ONCT, l'orchestre étant extrêmement réactif aux subtilités de la gestique de son chef. J'ai trouvé qu'il y avait cependant un peu trop de percussions dans les passages piano, mais c'est la seule erreur de parcours à mon sens dans cette petite et dynamique page, élégamment tournée par l'orchestre.

2011_01_15_onct_sokhiev_fellnerAprès cet enthousiasme musical, j'étais sur des charbons ardents. Le concerto pour piano n°23 est mon concerto préféré dans la production pianistique de Mozart. C'est le premier que j'ai entendu (et accompagné), et j'y suis énormément attachée. Le pianiste avait intérêt à se montrer à la hauteur de la partition !
Et là... complètement bluffée ! Une pure merveille ! Un jeu facétieux, sans mièvrerie aucune, des affects justes et mesurés. Des réponses précises et enlevées, donnant un allant fabuleux à l'ensemble, de la part de l'orchestre.
Le 2ème mouvement, en fa# mineur fut extrêmement délicat, sans excès cependant, laissant la part belle au dialogue avec l'orchestre (le petit motif qui circule entre la main gauche du pianiste et le basson, un peu avant la fin du mouvement par exemple).  Sans répit aucun, le 3ème mouvement enjoué emporte le pianiste, l'orchestre, son chef, et le public vers un triomphe sans fin !
Pas moins de 5 rappels saluent Till Fellner, qui offre au public un bis en accord avec l'hommage de l'année : Franz Liszt. Au Lac de Walenstadt donne à entendre un élargissement de la palette d'émotions que suscite le piano de Till Fellner : des jeux d'eau et de lumière, et une dernière goutte mutine qui fait pouffer le public sous le charme.

Après l'entracte, je ne doutais pas que la Symphonie soit à la hauteur de la première partie. Mais j'ai été fort déçue, et presque ennuyée par cette interprétation. Je n'ai pas trouvé le début du 1er mouvement très "propre", quelques hésitations dans l'aigu des violons, des motifs de cuivres sans nuances. L'orchestre et son chef se sont heureusement rattrapés de ce point de vue-là, et la suite, si elle n'avait été si répétitive dans ses intentions, couleurs et nuances aurait fait oublié ces petits dérapages.
Faut-il imputer l'écriture classique, faite de larges reprises de sections thématiques ?
Je ne crois pas, en jouant Mozart (et Haydn, leurs contemporains et prédécesseurs) il faut accepter l'enjeu, les genre et styles, mais adapter l'interprétation à ces reprises. Leur donner un visage nouveau, en faire des surprises pour l'auditeur (et pour l'interprète aussi, sinon, où est le plaisir musical ?).
Le dernier mouvement, de style fugué est cependant p
lus enlevé, mélange de styles et d'équilibre dynamique et justifie l'ovation qui a été réservée à l'orchestre et son chef.

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Je retiendrai donc de cette soirée la formidable prestation de Till Fellner, car je n'avais jamais entendu Mozart avec autant de justesse dans les intentions musicales !

 

En plus, le concert a été enregistré par France Musique, j'espère qu'il sera bientôt diffusé.